Peinture indisciplinée, un don du collectif Muesli

Nous remercions le collectif Muesli, qui regroupe Louis Darcel, João Freitas (tous deux anciens résidents de la Fondation) et Hannah De Corte, pour son don d'une très belle oeuvre réalisée à six mains et très joliment intitulée Peinture indisciplinée (Les témoins). Sur la toile, les pigments et motifs abstraits varient en fonction de l'hygrométrie et de la température ambiante : une oeuvre presque vivante que nous avons le plaisir d'accueillir dans notre collection.

Expositions anciens résidents 

La Fondation invite ses anciens résidents à exposer et à côtoyer les ateliers des boursiers.

Le Collectif MUESLI (João Freitas, Louis Darcel et Hannah De Corte) inaugure le cycle des expositions avec SHIFTERS, Commissariat LaSpore (http://laspore.org), du 11 au 25 janvier.

Vernissage le 10 janvier de 18 à 21h.

Heures d'ouvertures : les vendredis et samedis de 15 à 19h et sur rdv : muesli.collective@gmail.com 

"Des peintures indisciplinées, insoumises, telle une princesse capricieuse et sa robe couleur du temps. Elles sont dans un flottement entre le rose et le bleu, entre des sensations ; le chaud, le froid, le sec et l’humide. La surface vit, s’anime, elle n’est pas réduite à l’immobilité et réagit au souffle du temps.

Elles prennent l’aspect de la roche granuleuse, le velouté d’une étoffe, la rugosité d’un mur, la profondeur d’une brume, le miroitement de l’eau, dans un va-et-vient incessant entre l’état solide et l’état liquide.

Tels les nymphéas, elles respirent et vivent aux flux et reflux d’une sorte d’énergie vitale intrinsèque. Elles scintillent à certains endroits, à la manière de la calcite sur les parois des grottes, écorchées aussi par les mains qui la manipulent, les coups qu’elles prennent, comme autant de scarifications et de stigmates qui marquent à jamais leur peau. La main n’est plus celle d’une personne, les mains se soumettent. Les signes ésotériques nés de la valse de ces paumes dans un jeu expérimental d’écriture automatique s’apparentent à un cadavre exquis abstrait, à un rituel collectif chamanique pour communiquer avec l’insondable de la matière à travers le voile de la surface de la toile.

Fusionnement de l’image et de la matière en devenir, insaisissable et fugace, la démarche pose la question substantielle du médium pictural et redouble le signifiant pour mettre en lumière l’autonomie des œuvres face à leurs créateurs et poser peut-être la question du maintenant et de l’infini."

Maud Salembier, LaSpore

Elise PEROI - décembre 2019

Le jardin est un tapis où le monde tout entier vient accomplir sa perfection symbolique et le tapis est un jardin mobile à travers l’espace. En nourrissant des réflexions de Michel Foucault sur les « hétérotopies », l’envie est d’entremêler le lien entre la parole et le textile comme point fondateur de l’image d’un discours politique et poétique. Ce médium qui a permis de diffuser, au-delà du temps, les messages en entrecroisant des fils que l’on pourrait comparer à des discours et qui a laissé perdurer l’écho des chants accompagnant ces labeurs. Ce médium joue de ces sens amalgamés. Il en résulte que cet outil a été traduit dans de nombreuses civilisations comme élément de langage. Le tapis est pour moi un outil de transmission, symbole de mémoire et traitant de l’imaginaire commun.

Laurent DUMORTIER - novembre 2019

La nuit n’est pas que terreur ; elle peut être poésie, mais aussi réalité de ce que le jour tente de cacher. Les nuits sont des coulisses fragiles. C’est également le monde du rêve : les corps plongés dans les lits, les désirs réveillés, incarnant d’autres formes, mouvementées ; un univers silencieux aux multiples bruits. Amas d’ombres, tas obscures, choses indiscernables, éléments privés au regard, phantasmes en devenir. Laurent Dumortier poursuit ses balades nocturnes ; chaque fenêtre dégage sa propre atmosphère et caractéristiques physiques qui conditionnent ainsi ses dessins. Une fois le cadre délimité, pris en compte certains détails ou fragments de réalité, le dessin se construit par contradiction : c’est-à-dire que l’artiste n’est pas certain de ce qu’il a vu, qu’il y a extrapolation, autres récits, déformations, éclatement des proportions…même si l’image se fige, "l’histoire" racontée n’est pas univoque.   

"Il y avait une lumière mauve qui se dégageait de trois grandes vitres carrées, des va-et-vient (homme ou femme ?), une télévision allumée, quelques flashs turquoises, pas de tentures, les cafés fermés aux alentours, quelques meubles récents. Il y avait là quelque chose qui attira mon regard, deux minutes devant ces trois grandes vitres carrées pour plusieurs heures de cogitation."

À peine esquissé le premier pied, fusse celui d’un homme ou d’une femme, qu’il devint une main ou même un début de bras, et pourquoi pas juste une ombre d’un meuble quelconque ? Le dessin progresse par contradiction et figera "son histoire", celle de Mr et Mme x, celle de personnages sans visage, mais gesticulant – s’articulant dans leurs chairs, leurs nudités noctambules, leurs parts sombres ou bestiales,  dans des gouttes de lumière… Des figures, elles tentent d’avoir leur autonomie, encadrées par les meneaux des fenêtres comme dans une bande dessinée, mais sans les vignettes ou mots pour restituer la scène. Il n’y a pas d’illustration ou lieu d’illustrer une scène. Davantage, il s’agit de mettre en tension, de proposer une lecture à plusieurs issues, de laisser l’histoire se construire dans le regard de chaque spectateur comme l’artiste se l’était racontée près des fenêtres – comme ce voyeur interprétant plusieurs scénarios sans savoir le dénouement, à juste titre "excité" (au sens animer – faire sortir) par la multitude des possibilités.

Ce travail questionne le visible, le toucher et la mémoire. Le visible car l’œil raconte déjà autre chose que ce qui s’est joué, car c’est déjà une autre scène, parce que "rendre visible" c’est choisir ce qui va être montré. Le toucher car la fenêtre est à distance tandis que le dessin glisse sous les mains de l’artiste ; pourtant, in fine, le fusain l’oblige à ne plus toucher ce dernier par peur de laisser une trace ou d’effacer ce qui prend vie – comme si, au fond, le dessin devenait à son tour fenêtre. Enfin, la mémoire parce que la trace à ces trous, ces réminiscences, ces choses qui persistent alors que d’autres s’effacent. Peut-être que la feuille remplie de fusain, surface sombre et pleine, serait "cette" mémoire ; un espace (facilement effaçable) où vont progressivement y apparaitre des éléments. Le fusain est aussi volatile que la mémoire, mais aussi précis et se solidifie parfois sur certains points de résistance. Laurent se demande ce qui est caché derrière les fenêtres, choses inaccessibles – sauf invitation / effraction. Visions d’y pénétrer, de découvrir plus que ce que l’on voit, de tirer les rideaux plus à droite…ou, tout simplement, ne rien y voir dans ce noir. Le soir, imaginer le pire des scénarios, le plus savoureux des phantasmes, découvrir les voisins de la rue Caserne.

LES ARTISTES AU TRAVAIL

 

BOURSIERS 2019-2020

Élise Peroi
Laurent Dumortier
Clara Marciano
Diego Wéry

 

 

Robin WEN - Avril 2019

La structure évoque un mirador, une cabane, ou de nichoir en bois calciné hérissé de portes-voix. Cette sculpture fait écho à l'actualité. Elle nous parle de l'omniprésence des manifestations dans les médias, qui deviendraient la toile de fond de notre quotidien, une réalité sociale à laquelle nous serions en train de nous habituer.

Les bruits des revendications et des slogans que l'on peut attendre de la part de mégaphones, sont ici remplacés par des chants d'oiseaux, symbole de liberté. Ils sont diffusés à l'intérieur de la sculpture qui ne dispose d'aucune ouverture, et se retrouvent en quelque sorte pris au piège.

Par l'utilisation de ce dispositif sonore coercitif et par l'utilisation de bois de palette, matériau fréquemment utilisé au cours de rassemblements contestataires, je questionne, dans une mise à distance contemplative et de façon poétique, le dysfonctionnement de nos politiques et la possibilité d'être entendu ou pas et d'exister dans notre société. 

 

                          

 

                   

 

Irina FAVERO-LONGO - Mars 2019

Le pied : retourner une architecture, la prendre en main, l'ouvrir, y mettre un doigt, la jeter à la poubelle.

Je me déplace dans les rues et je cherche des fonds verts. Ma recherche urbaine m’amène jusqu’au terrain de golf, vers le « Green ». Un fond vert troué, à perte de vue sous nos pieds. Puis arrive le minigolf: ville pour les pieds.

La ville est pleine de modèles réduits d’architectures : objets à posséder comme souvenirs, ou montagnes de cartons qui le temps des poubelles, s’érigent au bord des rues.

Dans mes ballades urbaines je trouve aussi souvent des écrans étonnants.

La ville et sa composition offrent des cadres de toutes sortes. Des cadres et leurs hors champs. 

Dans mon atelier, je construis « la Niche » : un modèle réduit d’architecture qui est un dispositif pour filmer. Elle permet de: rentrer sa tête dans le cadre de l’image, s’allonger sur le fond vert, avoir des conversations crâne contre crâne sans se voir mais en se sentant.  Le cadre est une architecture, le cadre est profond et étroit.

CÔME LEQUIN - Février 2019

"Les mendiants ne travaillent pas, dit-on. Mais alors, qu’est-ce que le travail ? Un terrassier travaille en maniant un pic. Un comptable travaille en additionnant des chiffres. Un mendiant travaille en restant dehors, qu’il pleuve ou qu’il vente, et en attrapant des varices, des bronchites, etc. C’est un métier comme un autre. Parfaitement inutile, bien sûr – mais alors bien des activités enveloppées d’une aura de bon ton sont elles aussi inutiles. En tant que type social, un mendiant soutient avantageusement la comparaison avec quantité d’autres."

George Orwell, Dans la dèche à Paris et à Londres.

La peau de l'ours, travail en cours. Photo, vidéo, gravure, performance. 

 

CAROLINE DELAVILLE - Janvier 2019

« Le problème n’est pas d’inventer l’espace, encore moins de le réinventer, mais de l’interroger, ou plus simplement encore, de le lire ; car, ce que nous appelons quotidienneté n’est pas évidence, mais opacité : une forme de cécité, une manière d’anesthésie. »
Georges Perec, Espèces d’espaces. 

 

LOUIS DARCEL - Décembre 2018

 

 

JULIETTE CAZALIC - Octobre 2018 

"Dès l'époque secondaire, les mollusques construisaient leur coquille en suivant les leçons de la géométrie transcendante", Gaston Bachelard, "La poétique de l'espace"

 

 

BOURSIERS 2018-2019


Juliette Cazalic
Louis Darcel
Caroline Delaville
Irina Favero-Longo
Robin Wen
Côme Lequin